ESIL Interest Group History of International Law

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maandag 12 januari 2015

CONFERENCE REPORT: "1814-1914-2014 - Lessons from the past, Challenges for the Future"/"Vienna 1815: The Creation of A European Security Culture" (The Hague/Amsterdam, 6-7 November 2014) (by dr. Raphael Cahen)


Dr. Raphael Cahen (°1982), membre de notre groupe d'intérêt, est docteur en droit et en histoire de l'université Aix-Marseille et de la LMU Munich (thèse Friedrich Gentz (1764-1832) : Penseur post-Lumières et acteur du renouveau de l’ordre européen au temps des révolutions, sous la direction des professeurs Henning Ottman, Eric Gasparini et Michel Ganzin, soutenue en septembre 2014, mention très honorable avec les félictations du jury).

200 ans après le Congrès de Vienne, les plus grands spécialistes du Congrès et du « Système des congrès » se sont réunis et ont participé tout d’abord à une conférence publique portant sur « 1814-1914-2014- Leçons du passé, challenges pour le futur » à La Haye et ensuite à une conférence les 6 et 7 novembre 2014 sur le thème suivant « Vienne 1815 : la création d’une culture européenne de la sécurité ».

Ces trois journées de travail et de conférences ont été organisées par le professeur Beatrice de Graaf dans le cadre de sa bourse de recherche (ERC Grant, 3 millions d’Euros) pour un projet de cinq années sur « Sécuriser l’Europe, combattre ses ennemies 1815-1914 ».

La conférence publique a été inaugurée par le maire de La Haye par le biais d’une conférence brillante dans laquelle, il nous a rappelé l’existence d’une société des poètes à La Haye laquelle avait lancé un « concours de poésie » pendant le Congrès de Vienne. Niek van Sas a ensuite présenté une communication remarquable sur « The united Kingdom of the Netherlands (1814-1831). European Bulwark or Security Risk ». La dernière partie de la soirée a été illuminée par une présentation de Christopher Clarke sur «From Collective Security to European Catastrophe, 1815-1914 » laquelle a été agrémentée d’un commentaire de l’auteur du livre récemment publié «the Congress of Vienna and its Legacy », Mark Jarrett. Pendant la discussion, ce dernier a insisté sur le fait que les grandes puissances et les principaux acteurs du Congrès n’étaient pas ni réellement antinationalistes ni complètement opposés aux nations et à l’émergence des Etats-nations, contredisant ainsi l’historiographie traditionnelle.

Pour la deuxième journée le colloque s’est déplacé à l’Académie des sciences à Amsterdam. Le professeur De Goede a présenté son projet sur la culture européenne de la sécurité lequel repose sur l’analyse des mesures préventives de sécurité de la société post 9/11. En tant que politologue, elle s’inspire des travaux de Foucault et elle a insisté sur les similitudes entre le concept de sécurité  développé par le Professeur De Graaf et ses proches recherches. Ensuite le Professeur Matthias Schulz, auteur de la thèse d’habilitation Normen und Praxis: Das Europäische Konzert der Grossmächte als Sicherheitsrat, 1815-1860 (München 2009), a insisté sur le virage culturel provoqué par d’une part le nouveau concept de la balance politique dans un nouveau paradigme théorique ( à l’image de celui développé Friedrich Gentz) et d’autre part les nouvelles pratiques diplomatiques et protocolaires (voir Paulmann) initiées à partir de 1815. Mais pour le Prof. Schulz le concept de paix doit être ajouté à celui de sécurité pour analyser la période.

Après la première pause bien méritée, le workshop a commencé par une première session sur «1815 and its old and new threats ». Il y a eu cinq présentations. Jeroen van Zanten a retracé dans un exposé court et brillant les réseaux des « malcontents » dans le Bruxelles postnapoléonien. Gabriel Leanca a présenté quant à lui un papier innovant sur « la question orientale (1821-1861): catalyse ou menace pour l’accord de 1815? ». Christoph Nübel a poursuivi la session par le biais d’une présentation intéressante sur « Monarchism of fear? Security as a culture in British and Prussian political Thought, 1814/15-1850 ». Il a illustré de manière convaincante les paradoxes de l’époque à l’image de la relation entre les mesures internes et la politique internationale, les constitutions et la sécurité ou encore le concept même de « Restauration » qui est en lui-même paradoxal. Une autre communication sur la question orientale mais basée uniquement sur des sources secondaires a été donnée par Claudia Reichl-Ham. Michal Chvojka nous a ensuite présenté un papier fascinant sur « Habsburg security policies following the Congress of Vienna ». Dr. Chvojka a non seulement reconstruit les principaux réseaux des révolutionnaires, exilés et intellectuels lesquels étaient les cibles privilégiés des mesures sécuritaires de la police autrichienne mais il a également fournit une nouvelle approche pour analyser les rapports entre les autorités locales et centrales.

La deuxième session du workshop « Vienna 1815 and its cultural legacy I » était limitée à trois présentations. Jos Gabriëls nous a fait rire aux éclats par le biais de sa présentation à la fois exhaustive et précise mais aussi pleine d’humour sur « Cutting the cake. The congress of Vienna in British, French and German political caricature ». Il a rappelé que mise à part trois caricatures la plupart était très critique et négative envers le Congrès lequel était vu surtout comme une réunion “classique” de monarques se “découpant le gâteau” par les caricaturistes européens de l’époque. Janneke Weijermas nous a ensuite parlé de « the conference of Vienna and the Battle of Waterloo in Dutch, Luxembourgian and Belgian literature, 1815-1915 » puis Eva Maria Werner a présenté « the memory of the Congress of Vienna in the context of World War I » dans le cadre de son futur projet sur « la mémoire du Congrès de Vienne » qu’elle va diriger pendant six années.

Il y a eu de nouveau cinq présentations lors de la dernière session du jour sur « Vienna 1815 and its new institutions ». Stella Ghervas a bien démontré qu’il y avait « deux vues contrastées de l’ordre de Vienne » dans les années 1815: La Sainte Alliance et la Quadruple Alliance. Karin Schneider a méticuleusement présenté les différents comités du Congrès ainsi que les réunions connexes et les « autres » acteurs (lobbyistes, banquiers) du Congrès dans sa communication sur «a chance to participate. Criteria of inclusion and exclusion at the Congress of Vienna ». Karl Härter a présenté un papier très intéressant sur « transnational Security and the Protection of the Constitution in Central Europe after 1815 ». Le droit d’intervention était, comme il l’a justement rappelé, une norme de la confédération germanique. Laquelle confédération possédait une structure fédérale dans laquelle la culture de la sécurité et les mesures de sécurités transnationales avaient également été développées. Jens. E Olesen nous a ensuite rappelé le rôle des Etats du nord dans le nouveau régime de sécurité par le biais de sa communication sur « the representation of Denmark and Sweden as small states at the Congress of Vienna ». Constantin Ardeleanu a terminé la session par une très belle présentation innovante sur « la navigation du Danube et l’application de l’Acte de Vienne de 1815 ». Il a bien démontré comment la Commission du Danube fondée 50 ans après celle du Rhin est devenue une institution indépendante en 1878 et un modèle du genre pour d’autres continents dans le monde.

La dernière journée a débuté par une « keynote lecture » d’Eckart Conze « Lessons from 1815. Peace, Security and the Vienna System in History and Politics (1815 to present) ». Le Professeur Conze a magistralement rappelé l’historiographie du Système de Vienne de Treitschke à Webster et Griewank sans oublier Nicholson ou Kissinger. Il a ensuite retracé les discussions actuelles sur l’ « ordre de vienne » ou « système » ? Sur le « concert européen » ou l’ « aéropage » (reprenant encore Friedrich Gentz). Finalement, il a développé le concept de «culture de la sécurité » du Professeur De Graaf en paraphrasant Quentin Skinner «  il est illusoire de donner une définition » d’un concept comme la « liberté » ou la « sécurité » « sans préciser le contexte historique» dans lequel il s’est développé. Enfin, il a insisté sur l’importance de la mémoire collective de la «génération » de Vienne. Il a suggéré de travailler plus sur les perceptions des menaces et les « communications » de ces menaces afin de mieux analyser et comprendre le développement de cette culture de la sécurité.

La quatrième session portait ensuite sur « Vienna 1815 and its professional agents ». Mark Jarrett a présenté un aspect de son nouveau projet sur « Castlereagh and Counter-Revolution, at home and abroad ». Il a insisté justement sur l’idée d’ « expérience générationnelle » et il a rappelé que le jeune Castlereagh -comme Metternich ou d’autres hommes de sa génération- avait personnellement vécu la révolution en Irlande où il a très tôt développé sa pensée politique basée sur le réformisme et une vue conspirationniste de la révolution. Robert Mark Spaulding a ensuite évoqué les « professional Agency in Negotiating the Articles concernant la navigation du Rhin » en rappelant comment en réalité la Commission du Rhin était un résultat de la Révolution française, de l’Octroi de 1804 et de l’augmentation du commerce dans cette rivière. Marion Koschier a quant à elle présenté un aspect trop souvent négligé du Congrès à savoir le « rôle des banquiers et des spéculateurs dans la création du système de paix viennois ». La situation financière des grandes puissances était après des années de guerre déplorable. Ainsi, les banques, en pleine expansion comme celle des Rothschild ou encore Baring pour ne citer qu’eux, ont joué un rôle de premier plan dans la reconstruction du nouvel ordre européen. Elle a également reconstruit dans son exposé les réseaux de Bollmann (l’un des principaux agents de Baring). Frederik van Dam a enchainé sur « The poet as diplomat: The Congress of Vienna and Thomas Moore’s The Fudge Family in Paris » par le biais d’une communication fascinante sur le roman oublié The fudge Family in Paris (1818). Enfin, Raphaël Cahen a terminé la session par une communication sur « Friedrich Gentz and the Right of Intervention around 1815 ». Il a reconstruit la théorie du droit d’intervention de Gentz ainsi que son utilisation pratique et son évolution après 1815 dans le contexte de la transformation de l’ordre européen jusqu’en 1832. Par ce biais, il a également présenté une nouvelle approche sur la pensée politique du « secrétaire de l’Europe » si souvent négligé par l’historiographie.

La dernière session « Vienna 1815 and its cultural Legacy II » était composée de trois présentations. Lotte Jensen a communiqué sur « 1815: The shaping of a Dutch Identity ». Se reposant uniquement sur une collection de pamphlets se trouvant dans les Pays-Bas (sans avoir pris en compte dans son exposé les collections se trouvant aujourd’hui en Belgique) elle a indiqué qu’aucun pamphlet en français ou en flamand n’était critique envers l’union des provinces belges et les Pays-Bas vers 1815 et qu’une identité hollandaise s’est forgée pendant les cent jours. Markus Kirchhoff a quant à lui présenté « the Jewish Question at the Congress of Vienna. On its Legacy within the European concert of Jews ». Il a ainsi rappelé le rôle joué par les principaux acteurs du Congrès et les réseaux (Arnstein, Eskeles, Varnhagen) ayant permis la reconnaissance des droits civils des juifs. Enfin Matthijs Lok a présenté un papier, basé sur des sources secondaires, sur les « Conservative critics to the Viennese international order: conservative notions on European regeneration and security (1795-1830) ». Il a rappelé comment des penseurs conservateurs (comme Joseph de Maistre et des intellectuels hollandais) furent eux aussi déçus et critiques vis à vis de l’Ordre de Vienne lequel n’avait pas réussi à achever un « nouveau âge d’or ».

Enfin, Beatrice de Graaf a conclu ces trois jours intensifs et fructueux. Elle pense (mais comment pourrait-il en être autrement ?) que le concept de « culture de la sécurité » va bien permettre d’apporter de nouvelles lumières sur la période et de combler des désidératas de la recherche. Mais le concept doit être dynamique, c’est-à-dire inclusif et exclusif. Elle a insisté aussi sur la nécessité de concentrer nos recherches sur les réseaux, le contexte social et les médias ainsi que sur les nouvelles technologies (la police et la censure). La nature des menaces doit être aussi mieux contextualisée et conceptualisée. De même, il conviendrait de mieux définir les différents « Begriffe » à l’image du « concert européen » ou de « l’ordre de Vienne ». Pour finir, des questions ont également été soulevées sur « le genre » et la « culture » lesquels pourraient également être mieux analysés et définis.
Pour conclure, les présentations ont bien été souvent novatrices et elles ont bien ouvertes de nouvelles perspectives pour la recherche tout en laissant certaines questions en suspens. Presque 300 personnes ont assisté à l’ouverture de la conférence et une cinquantaine aux deux jours de workshop. On espère que dans un an ou deux une autre conférence organisée par le Professeur de Graaf va apporter encore plus de nouvelles idées et explorer de nouvelles narrations sur le Congrès de Vienne et son héritage comme la « création d’une culture européenne de la sécurité ».

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